Photo © Victor Bukalonski Hirota @bukalonski.hirota

Propos recueillis par Violette Gauthier

Elle a 22 ans, une énergie folle et contagieuse : l’envie insatiable de se jeter dans l’inconnu, de tenter, de voyager, de créer ! Elle s’appelle Camille Boillot et parmi ses projets multiples se hisse son prolifique et remarquable podcast Flash(back). Rencontre avec une jeune “débrouillarde” qui expérimente pour faire vivre le monde !

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Présentation

Peux-tu te présenter ?
Camille : j’ai 22 ans,  je suis en master de mode et de communication à l’Université de la mode à Lyon 2. Je me suis réorientée après une année de césure. J’avais besoin de faire un point après ma licence de droit et de sciences politiques, pour réfléchir et postuler dans des masters plus créatifs. Le droit était trop fermé créativement : tu appliques la loi, et c’est tout. Je faisais plein de projets à côté du droit, qui étaient en lien avec la communication ou la mode, dont le podcast Flash(back), donc j’ai pu intégrer ce master après ma licence de droit. J’ai demandé une année de césure pour me donner du temps pour faire ce que je veux : des voyages, un stage.

Tu t’es autorisée assez facilement cette réorientation?
C : Oui, j’ai de la chance car ma mère s’est beaucoup réorientée dans sa vie. Ma famille m’a soutenue tant que j’avais un projet. Pour eux, c’était le deal : tu fais ce que tu veux mais ce serait bien d’avoir un projet professionnel. J’ai fait un stage en tant que chargée de communication chez The Parisian Vintage pendant trois mois. Je gérais le site, les réseaux sociaux, et la création de contenu. Et cette année de césure m’a permis de développer encore plus le podcast. Quand j’étais en droit, j’avais cours du lundi au samedi matin, c’était difficile de tout organiser : contacter des personnes, monter le podcast, dès que j’avais une pause… Je me disais : tant que je passe sans rattrapage et sans redoublement la licence de droit, je suis contente.

Réaliser un rêve : créer son podcast

Qu’est-ce qui t’a donné l’envie de créer ton podcast? Tu en écoutais beaucoup ?

C : Oui, j’écoutais beaucoup de podcasts, sur des histoires folles et incroyables comme ceux de Transfert, ou Contre Soirée d’Anna RVR, ou parfois des podcast d’actualités comme ceux du Monde. Un jour, la veille d’un galop d’essai [épreuves de mi-semestre en droit], j’avais bien révisé, et ne voulais pas réviser plus, donc je m’embêtais un peu, et j’ai dit à mon ami Victor de la fac : “et si on lançait un podcast?”. Je l’ai interviewé pendant une heure, et c’est devenu mon premier podcast sur le sujet de l’amitié. Je ne savais pas comment utiliser un micro, le son n’était pas bon. J’aime ce podcast car c’est le premier.  Deux semaines plus tard, je l’ai posté. J’ai choisi le nom Flash(back) car le fil conducteur du podcast est que le ou les invités racontent une partie de leur vie sur un thème en particulier. À la fin, quand on a fini de raconter son histoire, on va débattre, discuter autour de cette histoire, et tirer des leçons, une conclusion qui est toujours positive, même si on traite de sujets hyper difficiles comme la dépression, les troubles du comportement alimentaire ou l’addiction aux drogues dures. Le but du podcast est d’obtenir quelque chose de constructif, comme un conseil pour les personnes qui peuvent se retrouver dans cette situation. Le podcast n’est pas là pour sauver les gens mais pour apporter des clefs à des personnes, des indications. J’ai aussi fait plusieurs podcasts sur l’entreprenariat : une copine, Margot, qui a lancé une entreprise de seconde main à 20 ans à Paris, et une autre copine qui a ouvert un coffee shop dans sa vingtaine, ou encore une copine chanteuse qui raconte comment elle s’est lancée dans la musique. Au début, j’interviewais mes amis ou connaissances, puis petit à petit, j’ai commencé à avoir des demandes de personnes qui voulaient témoigner. Avec la communication sur les réseaux sociaux, particulièrement sur Tiktok et un peu Instagram, j’ai réussi à ce que des gens me suivent : je fais des appels à candidature et des personnes me contactent directement. Je vois ensuite si la personne est assez mature sur la question, si le sujet est plus ou moins dur, et si elle est prête à en parler.

L'histoire du podcast Flash(back)

1er podcast: mars 2023 → 23 épisodes depuis 

“Flash(back), c'est mon premier podcast. J'invite des personnes : des potes, des connaissances, voir des inconnus qui veulent bien raconter des histoires ou des expériences qui les ont marqués. Ce podcast, il est là pour que des personnes puissent s'exprimer librement, tout en apportant des leçons qu'ils ont pu tirer de leur vie. J'espère que vous apprécierez ces interviews et qu'elles vous apporteront que du plus.”

Sujets entre autres sur les 23 :

Photo © Victor Bukalonski Hirota @bukalonski.hirota

Développer son projet

Tu ne lances pas d’appel avec un sujet précis?
C : Je fais un petit Tiktok en demandant si certains seraient intéressés pour raconter un bout de leur histoire qui leur tient à cœur, s’ils sont prêts à en parler et à rendre cela public. J’essaye de trouver des sujets pertinents que je n’ai pas encore traité. mais je ne fais que des appels larges.  Par exemple, j’aimerais trouver des personnes prêtes à parler d’écoanxiété.

L’évolution du podcast s’est dessinée au fur à mesure, tu as parlé du point de vue contenu, mais du point de vue technique, comment as-tu développé ton projet? As-tu bénéficié d’aide?
C : Mon père m’avait donné un micro zoom fait pour les journalistes. Au début, je ne savais pas comment le régler car il y a plein de paramètres, c’était un peu la cata. Je me suis renseignée sur internet pour savoir régler le micro. Je n’ai pas fait d’études de son, donc j’essaye de comprendre avec des tutos comment cela fonctionne. J’ai fini par acheter des micro-cravates pour pouvoir les transporter facilement. J’essaye d’aller au plus simple : si le micro est bon et que l’on est dans un environnement sans trop d’écho, on n’a pas besoin de faire beaucoup de retouches de voix. Je monte ensuite sur GarageBand. J’ai décidé du jour au lendemain de faire ce podcast sans rien y connaître. Je suis très “one life”, quand j’ai une idée, si elle n’est pas irréalisable, je la fais. On n’a qu’une vie, il faut faire ce qui nous plaît.
Avec le podcast, au début, je pensais parler à 2 personnes, et en fait, ce n’est pas le cas, j’ai pas mal d’écoutes par jour.

Et après ?

Comment envisages-tu la suite ? Voudrais-tu gagner de l’argent avec ton podcast?
C : Pour gagner de l’argent avec le podcast, il faut faire un nombre important d’écoutes par mois, je n’y suis pas encore. Il faut beaucoup travailler. Je suis un petit podcast pour l’instant. Si ça peut me ramener de l’argent tant mieux, mais ce n’est pas le but, c’est du bonus. Je sais que le podcast apporte autre chose aux gens.

Et comment envisages-tu tes projets professionnels?

C : Je fais de la création de contenu sur les réseaux, j’ai fait une collab avec une marque de maillot de bain. J’aimerais développer Tiktok, Instagram, et même youtube, où j’ai posté des vlogs plus longs sur mes voyages. J’aimerais continuer à développer une communauté autour des voyages, de lifestyle, de la mode, du podcast, et me lancer en freelance en communication pour devenir digital nomad. Je voudrais pouvoir travailler de l’étranger car je ne me vois pas dans un bureau, enfermée toute la journée, j’ai besoin de voyager. Il faut que je trouve un travail qui combine les deux.

Avais-tu déjà voyagé avant ton année de césure?
C : J’ai de la chance, mes parents m’ont fait voyager. Mon premier voyage solo, c’était à 18 ans. J’avais gagné le pass interrail, car chaque année à 18 ans, on peut le gagner lors d’un concours de l’union européenne. Je suis donc allée seule en Italie, puis, j’ai passé deux semaines au Portugal, seule aussi. À mes 21 ans, j’ai décidé de faire une année de césure aussi pour voyager.. Je suis allée deux mois en Indonésie, puis deux semaines en Corée. Ensuite, je suis rentrée faire mon stage à Paris et je suis repartie un mois et demi au Brésil.

La force des voyages

Tu voyages à chaque fois avec une idée précise de ce que tu comptes faire ?
C : Ça dépend des pays. En Indonésie, je devais être volontaire dans une auberge de jeunesse mais ça ne s’est pas très bien passé. Même si je suis mal tombée, je conseille vraiment d’être volontaire, plein de mes amis ont adoré. À chaque fois, je connais le début de mon voyage. Je vois les villes où je voudrais aller mais je compose mes voyages au jour le jour. Au Brésil, par exemple,  j’avais davantage organisé mes points de chute car c’est un pays qui peut être dangereux. J’y ai rencontré deux Françaises qui sont devenues des amies, et nous avons voyagé ensemble. C’est important de se laisser surprendre par les endroits et les personnes que l’on rencontre. Il faut être organisé mais souple également. Si tu es trop rigide, tu risques de louper des choses. Le voyage solo, c’est de l’intuition. Il faut être sur le terrain pour se rendre compte de la réalité.

Par rapport à tout ce que tu entreprends dans ta vie, te souviens-tu d’un conseil que l’on t’a donné ado et qui t’a suivi toute ta vie ?
C : C’est plus un mindset que je suis depuis ado : on n’a qu’une vie, il faut être heureux. C’est facile à dire, car parfois on est coincé dans un taf qu’on n’aime pas, on a des contraintes. Mais ado, c’est le moment de prendre des risques, de tenter le plus de choses possibles, de voir ce qu’on aime, ce qu’on n’aime pas, et ne pas avoir peur. On a 20 ans, on peut encore rebondir, on est libre! Il faut être ouvert d’esprit, être curieux du monde, des autres. Je suis extrêmement anxieuse sur plein de choses mais la question de savoir ce qu’on sera demain, d’avoir peur de mal retomber ou de perdre du temps, pour ça, je ne stresse pas du tout. Je suis l’opposé, j’en ai rien à faire de prendre un billet du jour au lendemain pour l’autre bout du monde.

Ton mindset ?

Tu n’as pas peur de l’échec ?
Ah, zéro peur !

C’est un mindset que tu appliques à toutes les strates de ta vie ou uniquement sur la partie professionnelle ?
C : J’essaye de l’appliquer à tout. Mes projets pro et perso ont toujours un peu marché. Je n’ai pas grand chose à perdre.

Et puis aujourd’hui, nous avons à disposition un nombre incalculable d’outils pour créer à moindre frais…
C : Oui, par rapport à nos parents, c’est une dinguerie. Je me dis : si vous voulez lancer votre marque, lancez votre marque, et si ça plante, vous aurez perdu un peu d’argent mais ne regretterez pas de ne pas l’avoir fait. Je n’ai aucun remord. On apprend plus des regrets. Si on ne fait pas d’erreurs, on n’évolue pas. Si on a le temps et les moyens de faire aboutir un projet, il faut le faire. Si tu veux te mettre à la batterie, ou commencer la cuisine, vas-y ! 

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